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La
voie du Bhakti Yoga: Le
Service de dévotion à Dieu

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« Bhakti » signifie : « amour de Dieu ». La racine sanskrite du mot « bhakti » est bhaj, qui signifie « service de dévotion ». Voilà pourquoi « bhakti » est aussi communément traduit par : « pur service de dévotion à Dieu ». La Bhakti est l'essence de la relation
éternelle que nous avons en tant qu'âme spirituelle avec Dieu. Dans ce
monde, cette relation éternelle se recouvre d'une conscience matérielle
qui nous détourne de Dieu pour nous entraîner vers le coté éphémère des
choses. Par conséquent, nous ne sommes jamais satisfaits. Le moyen de
réveiller cette bhakti est de la pratiquer. En d'autres mots, le moyen
d'éveiller notre amour pour Dieu est d'agir avec amour pour Lui. Parce que
« yoga » signifie « relier, connecter », le procédé
par lequel nous nous connectons à Lui s'appelle « Bhakti
yoga ». Il faut bien plus pour aimer Dieu que de
dire : « j'aime Dieu ». Le pur amour de Dieu s'atteint
grâce à un procédé graduel qui nous emmène progressivement vers des degrés
de plus en plus élevé de la bhakti. Bien entendu, nous pouvons commencer
ce processus à n'importe quelle étape de notre vie et de notre
développement spirituel. Ce processus, systématique, se développe en trois
étapes successives : 1/ la pratique régulière, 2/ l'attachement à
cette pratique, 3/ le pur amour. La Bhakti est pratiquée depuis des millénaires particulièrement en Inde, où de grands sages ont laissé des écrits, témoignages et commentaires. Le Bhakti-rasamrta-sindhu est l'ouvrage de référence concernant la Bhakti. Il a été publié en anglais dans les années 1970 par
sous le titre: "le nectar de la dévotion."
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Le Nectar de la
Dévotion La science complète du Bhakti Yoga
Une étude sommaire du
célèbre
Bhakti-rasamrta-sindhu
de Rupa
Gosvami
par Sa
Divine Grâce
Dans les versets du Srimad-Bhagavatam cités plus haut, Kapiladeva précise clairement la position du pur bhakta et définit les traits principaux du service de dévotion. Ecoutons maintenant Srila Rupa Gosvami, s'appuyant sur diverses Ecritures, définir six particularités du service de dévotion pur: 1) Le service de dévotion pur soulage immédiatement de toute angoisse matérielle; Krsna, l'Infiniment Fascinant: mais voilà que
Lui-même Se trouve fasciné par le pur service de dévotion. Ainsi, la
puissance spirituelle du service de dévotion dépasse celle-là même de
Krsna, et cela s'explique par le fait qu'elle relève de Son énergie
interne.
Le pur service de dévotion soulage de toute angoisse matérielle
Voilà donc que se succèdent fautes et souffrances, plongeant vie après vie l'âme conditionnée dans la douleur. Elle subit dans cette vie les conséquences des actes commis dans sa vie précédente, et se prépare, par ses actes présents, de nouvelles souffrances dans le futur. Les fautes "mûres" ou "abouties", peuvent avoir pour fruit une maladie chronique, des démêlés avec la justice, une basse naissance, une éducation insuffisante ou une médiocre apparence physique. Nos actes passés nous accablent aujourd'hui, et nos
actes présents nous préparent des souffrances futures. Mais cette chaîne
peut être brisée d'un coup pour celui qui adopte la Conscience de Krsna.
Srila Rupa Gosvami cite là-dessus un verset tiré des enseignements de Sri
Krsna à Uddhava: "Le service de dévotion offert à Ma Personne agit, ô Uddhava, tel un brasier brûlant, capable à l'infini de réduire en cendres tout ce qu'on y jette."
"Il est neuf formes d'activités dévotionnelles, aux premiers rangs desquelles se placent, ô Seigneur, l'écoute et le chant de Tes gloires. Et quiconque écoute ainsi le récit de Tes Divertissements, chante Tes gloires, T'offre son hommage, absorbe en Toi ses pensées, s'engageant ainsi dans l'une ou l'autre de ces neuf activités -serait-il issu d'une famille de mangeurs de chiens (les plus bas d'entre les hommes)-, acquiert aussitôt qualité pour accomplir les sacrifices védiques." SB {3.33.6}
Ce sont les
actes passés d'un être qui déterminent les conditions de sa naissance.
S'il net parmi les mangeurs de chiens, il faudra en conclure que ses actes
passés furent coupables; mais celui-là même, s'il s'engage sur la voie du
service de dévotion et commence de pratiquer le chant des Saints Noms du
Seigneur,
Le Padma Purana distingue quatre séries de suites aux actes coupables: 1) celles qui n'ont pas encore porté fruit; Le même Ecrit explique comment celui qui s'abandonne
à Visnu, ou Krsna, le Seigneur Suprême, et s'engage dans le service de
dévotion offert à Sa Personne, en pleine conscience de Lui, peut d'un coup
les réduire à rien.
Parmi les conséquences de nos fautes, "celles qui ont presque atteint la maturité" s'assimilent aux souffrances que subit l'être dans le temps présent; et "celles qui restent encore à l'état de germe" représentent l'amas des désirs dans le coeur. Le mot sanskrit kuta les désigne comme autant de graines qui sont sur le point de germer. Dans le cas des fautes "qui n'ont pas encore porté fruit", la germination n'a tout simplement pas commencé. Ce verset du Padma Purana peut nous faire comprendre combien est subtile la contamination par la matière. Son origine, son épanouissement et ses conséquences, manifestés sous forme de souffrances multiples, se succèdent comme autant de maillons d'une interminable chaîne. Il est souvent très difficile de déterminer la cause exacte d'une maladie, d'en préciser l'origine, comme d'en prévoir le développement. Mais le mal ne naît pourtant pas de façon subite. Ainsi, tout comme, par mesure de prévention, un médecin inocule à son patient le vaccin destiné à empêcher la croissance du mal, il est possible de prévenir efficacement la germination de ses actes coupables en "s'injectant" la conscience de Krsna. Sukadeva Gosvami relate à cet effet, dans le Srimad-Bhagavatam(6.2.17), l'histoire d'Ajamila. Jeune brahmana accompli et respectueux du devoir, Ajamila tomba un jour aux mains d'une prostituée qui lui fit bientôt perdre toute sa pureté. Il vécut dans la dépravation, mais put cependant, au moment de mourir, prononcer le Nom de Narayana (Krsna): il obtint ainsi le salut, malgré toutes les fautes commises au cours de sa vie. Sans doute, et Sukadeva Gosvami le souligne, l'austérité, les actes charitables et l'accomplissement des rites védiques sont-ils fort recommandés pour celui qui désire racheter ses fautes, mais ils restent néanmoins impuissants à détruire la semence profonde des désirs coupables. Et telle était la condition du jeune Ajamila. Seule la Conscience de Krsna peut stériliser cette semence néfaste; et le chant du maha-mantra, du mantra Hare Krsna, tel qu'il fut enseigné par Sri Caitanya Mahaprabhu, permet de l'atteindre sans peine. Ainsi, à moins d'adopter la voie du service de dévotion, nul ne peut s'affranchir complètement de toutes les suites de ses fautes. L'accomplissement des rites védiques, les actes charitables et l'austérité peuvent bien en libérer l'être pour un temps, mais bien court; et ce temps passé, le voilà une nouvelle fois poussé vers le mal. Prenons l'exemple de celui qui, après avoir subi le pénible traitement destiné à le débarrasser d'une maladie vénérienne, s'en trouve temporairement guéri; il n'a pas chassé de son coeur la concupiscence, et de nouveau lui cède, contractant le même mal. A moins de comprendre que la vie sexuelle n'engendre qu'abominations, nul ne peut échapper à ces souffrances répétées; les traitements médicaux n'apporteront jamais qu'une aide temporaire. De même, les rites védiques, les dons charitables et les austérités, tous recommandés par les Vedas, peuvent momentanément mettre un terme à nos fautes, mais tant que le coeur ne sera pas purifié, nous devrons, et même malgré nous, nous livrer encore et encore à des actes coupables. Le Srimad-Bhagavatam donne un autre exemple, celui de l'éléphant qui pénètre dans les eaux d'un lac, s'asperge avec grand soin, et baigne chaque centimètre de son corps; mais sitôt hors de l'eau, voilà qu'il se couvre à nouveau de poussière! Pareillement, celui à qui manque la conscience de Krsna ne peut s'affranchir parfaitement des désirs coupables. Ni les pratiques yogiques, ni la spéculation philosophique, ni l'action intéressée ne peuvent anéantir les semences de désirs coupables. Seul y parviendra le service de dévotion. Un dialogue entre Sanat-kumara et le roi Prthu, dans
le Srimad-Bhagavatam, fait ressortir cette
vérité: "L'égo matériel, ô roi, est tel qu'il garde l'homme prisonnier de l'existence conditionnée, retenu à elle comme par de solides liens. Seuls les bhaktas savent en trancher sans peine le noeud, en s'engageant dans la Conscience de Krsna. Tous ceux qui, la négligeant, cherchent à devenir de grands yogis ou à accomplir de grands sacrifices védiques, n'atteignent pas au succès des bhaktas. C'est donc le devoir de chacun d'agir dans la conscience de Krsna afin de défaire le noeud solide formé par le faux ego et l'action matérielle."SB {4.22.39}
"Le service de dévotion pur, accompli dans la conscience de Krsna, représente la plus grande source de lumière. Et sa lumière brille de l'éclat ardent d'un feu de forêt, qui a tôt fait de réduire en cendres tous les vils serpents que sont les désirs matériels."
La Conscience de Krsna engendre toute heureuse fortune
Le Padma Purana explique pourquoi la Conscience de
Krsna peut retenir l'attention universelle et procurer la joie à
tous: "Celui qui s'engage dans le service de dévotion en pleine conscience de Krsna, il faut le voir comme le plus grand des bienfaiteurs; par son oeuvre, il apporte la joie à tous les êtres, et pas seulement aux hommes, mais aussi aux animaux et aux plantes, qu'il captive eux aussi."
Il faut encore ajouter que celui qui s'engage dans la
Conscience de Krsna, et adopte la pratique du service de dévotion, voit
s'épanouir en lui toutes les qualités que l'on trouve généralement chez
les devas. Selon les dires de Sukadeva Gosvami: "L'homme animé d'une foi ferme en le Seigneur, Sri Krsna, et sans duplicité, acquiert toutes les qualités des devas."SB {5.18.12}
Parallèlement, il est à remarquer qu'hors de la Conscience de Krsna, nul ne possède de qualités réelles. Même ceux qui jouissent des plus hautes connaissances académiques se montrent, dans leur comportement, inférieurs à la bête. Car, détiendrait-il la plus vaste érudition, celui qui ne peut dépasser les sphères de l'activité mentale est contraint d'agir sur le seul plan matériel, et en reste nécessairement souillé. Nombreux ceux qui, de nos jours, suivent un enseignement supérieur dans les universités matérialistes, mais bien peu sont capables d'adhérer au Mouvement pour la Conscience de Krsna, et de développer en eux les qualités des devas. Nous constatons qu'un jeune homme conscient de Krsna, et non nécessairement pourvu de diplômes universitaires, peut sans aucun mal abandonner toute activité sexuelle illicite, toute consommation de chair animale, l'usage d'excitants et de substances enivrantes, ainsi que les jeux de hasard; tandis que d'autres, dotés de ce qu'on appelle une "excellente éducation", mais privés de conscience de Krsna, sont souvent avides de boissons alcoolisées, de chair animale, de plaisirs charnels et de jeux de hasard. Voilà qui montre de façon pratique comment l'être conscient de Krsna voit se développer en lui toutes les qualités divines, ce à quoi ne peuvent prétendre les abhaktas. Notre expérience personnelle nous prouve que celui qui adopte la Conscience de Krsna perd, même dans la fine fleur de l'âge, tout attrait pour le cinéma, les boîtes de nuits, les exhibitions de corps nus, les restaurants, les bars, etc. Il s'est complètement détaché de toutes ces inepties, et se garde bien de perdre un temps précieux en fumée, en boissons enivrantes et en divertissements futiles ou autres extravagances. Le yoga des pouvoirs promet que par la pratique du silence, l'homme réalisera qu'il est Dieu. Une telle promesse pourra sembler alléchante aux esprits matérialistes, mais combien de temps sauront-ils garder le silence? L'homme privé de conscience de Krsna est incapable en général de rester assis en silence, même une demi-heure. Il peut certes s'adonner à la "méditation", mais sitôt finie sa séance de yoga, le voici retombé dans ses inepties habituelles: l'activité sexuelle illicite, la consommation de chair animale, le jeu, etc. Au contraire, l'être conscient de Krsna s'élève de façon graduelle et sûre, et sans chercher le support artificiel de la méditation silencieuse. Par le simple fait d'agir dans la conscience de Krsna, il se tient à l'écart de toute sottise, et développe ainsi un caractère parfait. 1) le bonheur qui découle des plaisirs matériels; Dans le Tantra-sastra, Siva s'adresse en ces
termes à son épouse Sati:
Celui qui s'abandonne aux pieds pareils-au-lotus de Govinda, et développe ainsi la pure conscience de Krsna, acquiert sans mal toutes les perfections convoitées par l'impersonnaliste; et au-delà, il jouit du bonheur qu'éprouvent les purs bhaktas."
On a vu de grands sannyasis mayavadis - impersonnalistes de haute érudition, presque des âmes libérées - se détourner de leur pratique au profit de la politique ou de la philantropie. C'est que la réalisation impersonnelle de l'Absolu ne leur a pas donné accès au bonheur spirituel ultime, de sorte qu'ils sont comme contraints de redescendre au niveau matériel, et de s'y livrer aux occupations de ce monde. L'Inde surtout en offre de nombreux exemples. Jamais l'être pleinement conscient de Krsna ne régressera de la sorte. Il garde toujours présent à l'esprit qu' aucun acte de bienfaisance matériel, quelque beau qu'il soit, n'est comparable aux activités spirituelles de la Conscience de Krsna. Le yogi, quand il arrive au bout de ses efforts, acquiert différents pouvoirs surnaturels, au nombre de huit. On nomme anima-siddhi le pouvoir de se faire infiniment petit, jusqu'à pénétrer même dans la pierre. Or les progrès de la science moderne permettent eux aussi à l'homme d'accomplir de tels exploits, lorsqu'il creuse des galeries souterraines, transperce les montagnes... Aussi est-il possible d'affirmer que la science a également développé l'anima-siddhi. Tous les pouvoirs surnaturels, ou yoga-siddhis, ne sont donc en définitive que des arts matériels. Par exemple, un autre de ces pouvoirs rend capable de se faire infiniment léger, au point de flotter dans l'air ou sur l'eau. Mais la science permet aussi de voler dans le ciel, de naviguer sur l'eau, ou même sous l'eau. Par ailleurs, si l'on examine un à un les différents yoga-siddhis, on s'aperçoit qu'ils représentent les mêmes perfections matérielles que recherche la science. Il n'existe donc pas de différence entre les bienfaits du yoga des pouvoirs et de la science matérielle. Un chercheur allemand de grande érudition notant un jour cette similitude, en conclut qu'il n'y avait nul intérêt à convoiter les yoga-siddhis. Il fit preuve d'intelligence, et se rendit en Inde afin d'y apprendre un autre art, celui de saisir la nature de son lien éternel avec le Seigneur Suprême par la pratique du service de dévotion, le bhakti-yoga. Il existe bien sûr certains pouvoirs surnaturels que les hommes de science n'ont pas encore développés. Ainsi le laghima-siddhi, qui permet au yogi de pénétrer dans le globe solaire en utilisant ses rayons comme véhicule. Le yogi peut de même toucher la lune de son doigt. Les astronautes se rendent peut-être aussi sur la lune avec leurs engins spatiaux, mais au prix de combien de difficultés, alors qu'il ne s'agit pour le yogi que de tendre la main. Tel est le "pouvoir d'acquisition" (prapti), qui permet d'obtenir toute chose désirée. Grâce à lui, le yogi peut non seulement toucher la lune, mais tendre la main dans n'importe quelle direction et s'emparer de tout ce qu'il désire. Ainsi cueillera-t-il un fruit dans un jardin éloigné de plusieurs milliers de kilomètres. C'est le prapti-siddhi. La science a mis au point diverses armes nucléaires, capables d'anéantir une partie réduite de la planète, mais l'isita-siddhi permet de créer ou de détruire une planète entière d'un seul effort de volonté. Le vasita-siddhi, lui, qui consiste en une sorte d'hypnose quasi irrésistible, permet d'exercer sa domination sur n'importe quel être. On voit des yogis ayant développé dans une entière mesure ce pouvoir, s'en servir pour exploiter les foules, qu'ils abreuvent de sottises avant de disparaître la bourse bien garnie. Un autre pouvoir surnaturel, le prakamya-siddhi, consiste en une sorte de magie (prakamya) qui permet d'accomplir toute merveille. Celui qui le possède peut, par exemple, faire pénétrer de l'eau dans l'orifice oculaire et la rejeter ensuite, par le seul jeu de sa volonté. Le plus haut de ces pouvoirs surnaturels, le kamavasayita-siddhi, est aussi une forme de magie; mais alors que le prakamya-siddhi agit, de façon merveilleuse, dans les limites de la nature, le kamavasayita-siddhi permet de rompre avec l'ordre naturel, en d'autres mots de réaliser l'impossible. L'être doté de tels pouvoirs pourra certes jouir d'un très grand bonheur, mais qui n'en restera pas moins éphémère. Eblouis par la petite lueur que fait miroiter leurs yeux le progrès matériel, certains considèrent bien à tort le Mouvement pour la Conscience de Krsna comme destiné aux gens de peu d'intelligence. Ils estiment plus sage de rechercher les "douceurs" de la vie -un appartement confortable, une vie familiale prospère et des rapports sexuels agréables. C'est méconnaître qu'à tout moment ils peuvent se voir délogés de leur condition matérielle présente. Enveloppés par l'ignorance, ils ne savent pas que la vraie vie est éternelle. L'existence n'a pas pour but d'entourer le corps de commodités matérielles somme toute éphémères; seule l'ignorance la plus ténébreuse fait qu'un être se laisse prendre au charme d'un progrès illusoire. C'est pourquoi, Srila Bhaktivinoda Thakura soutenait que le développement du savoir matériel ne fait qu'enliser l'homme toujours davantage dans sa sottise, par un miroitement qui lui fait oublier sa vraie nature. Et c'est là une véritable malédiction, car la forme humaine a précisément pour but de faire reprendre à l'être conscience de son identité réelle, pour qu'il s'affranchisse de son empiègement dans la matière. Mais plus la connaissance matérielle se déploie, plus elle enserre l'âme conditionnée dans les rets de l'existence en ce monde, jusqu'à lui enlever toute possibilité d'échapper au gouffre. Dans le Hari-bhakti-sudhodaya, Prahlada
Maharaja, grand dévot du Seigneur, adresse cette prière à Nrsimhadeva,
l'avatara mi-homme mi-lion: "Sans fin, ô Seigneur, je prie à Tes pieds pareils-au-lotus, pour acquérir plus de fermeté dans l'accomplissement du service de dévotion. Et si je Te prie ainsi de fortifier ma conscience de Krsna, c'est parce que le bonheur qui en émane est tel qu'il donne accès à tous les bienfaits que donnent la piété, la poursuite des richesses, le plaisir des sens et même la libération de l'existence conditionnée."
Il était un grand dévot de Sri Caitanya Mahaprabhu du nom de Kholaveca Sridhara, qui vivait dans une grande pauvreté. Celui-ci fabriquait et vendait de petits gobelets de feuilles de bananier, et ses revenus étaient bien minces. Néanmoins, il en consacrait la moitié au culte du Gange et subsistait tant bien que mal avec l'autre moitié. Un jour, Sri Caitanya Se manifesta devant Kholaveca Sridhara, Son dévot intime, et lui offrit toutes les richesses qu'il pouvait désirer. Sridhara répondit au Seigneur qu'il ne désirait nul bien matériel. Il était satisfait de sa condition; il n'exprima qu'un seul désir, celui de développer toujours plus une foi ferme et une dévotion constante pour les pieds pareils-au-lotus de Sri Caitanya. Telle est la position du pur bhakta. Qu'il lui soit seulement accordé de s'engager sans trêve, jour après jour, dans le service de dévotion; il y trouve pleine satisfaction et ne désire rien d'autre, pas même le bonheur que procure la libération, pas même le bonheur de ne plus faire qu'Un avec l'Absolu. On trouve aussi mentionné dans le Narada-pancaratra que quiconque développe ne serait-ce qu'un peu de dévotion au service du Seigneur perd tout attrait pour les plaisirs que peuvent lui offrir l'exercice de la piété, l'accroissement des richesses, la satisfaction des sens ou les cinq sortes de libération. Et en vérité, c'est le désir même de ces joies matérielles qui n'ose pas entrer dans le coeur du pur bhakta. Pourquoi les convoiterait-il quand il les possède déjà, elles qui accompagnent le service de dévotion offert au Seigneur, comme des servantes fidèles entourent une reine? En d'autres termes, aucun bonheur, quelle qu'en soit la nature, ne manque au pur bhakta. Il n'a pour tout désir que de servir Krsna. Mais connaîtrait-il d'autres désirs, le Seigneur S'empresse de les combler sans que le bhakta n'ait même à les formuler. Le pur service de dévotion n'est que rarement atteint
"C'est par la miséricorde du maître spirituel, pur dévot du Seigneur, et celle de Krsna Lui-même, que s'ouvre la voie du service de dévotion. Il n'est pas d'autre moyen d'y accéder."Cc Mad.19.151
"Un grand philosophe, ô Sati, scrutant les diverses branches du savoir, pourra s'affranchir des rets de la matière. Par l'accomplissement des rites et des sacrifices recommandés par les Vedas, un autre s'élèvera au niveau de la vertu, et jouira au plus haut point des plaisirs matériels. Mais à aucun de ceux-là, dussent-ils renaitre et perpétuer leurs efforts à travers des milliers d'existences, il ne sera donné de servir le Seigneur avec dévotion."
Le même ouvrage nous livre les paroles suivantes, venant des lèvres de Sukadeva Gosvami: "Sache, ô roi, que Mukunda, {Sri Krsna, Dieu, la Personne Suprême}, protège éternellement les membres des dynasties Pandava et Yadu. Il représente aussi, et à tous égards, ton maître spirituel et précepteur, l'unique objet de ton adoration, ton ami affectueux et ton guide dans tous tes actes, sur le plan individuel comme sur le plan familial. Parfois même, Il se rend à tes ordres, comme un simple messager! Grande est ta fortune, ô roi, car tous ces privilèges dont te fait grâce le Seigneur, qui oserait même en rêver?"SB {5.6.18}
Le bonheur de ne plus faire qu'Un avec l'Absolu
"Si intense est le bonheur que j'éprouve en Ta présence, ô Seigneur de l'Univers, qu'un océan de félicité me submerge. En comparaison avec lui, le brahmananda n'apparaît plus que comme l'eau dans l'empreinte du sabot d'une vache."
"L'âme fortunée qui nage dans l'océan de nectar issu de la dévotion qu'elle T'offre, et savoure celui qui s'attache au récit de Tes Divertissements, ô Seigneur, connait certes des extases qui éclipsent le bonheur engendré par l'exercice de la piété, l'accroissement des richesses, la satisfaction des sens et la libération. Pour un tel bhakta, établi au niveau spirituel, toute forme de bonheur autre que celui qu'apporte le service de dévotion n'a pas plus d'importance qu'un fétu de paille tramant dans la rue."
Le service de dévotion seul donne d'attirer Krsna
Pratiquer le service de dévotion, c'est donc marcher sur les traces de Srimati Radharani. C'est pourquoi tous les bhaktas de Vrndavana se placent sous son égide, pour atteindre la perfection dans l'accomplissement de leur service dévotionnel. Parce que Srimati Radharani en dirige les moindres expressions, le service de dévotion ne peut en aucune manière être comparé aux activités de ce monde. La Bhagavad-gita explique que la puissance interne de Krsna, la daivi-prakrti, ou Srimati Radharani, assure protection aux âmes magnanimes, aux mahatmas. Et ainsi placé sous l'égide directe de Sa puissance interne, le service de dévotion a pouvoir d'attirer même Krsna. Krsna le confirme d'ailleurs Lui-même lorsqu'Il enseigne:
"Cher roi Yudhisthira, vous -les Pandavas-, vous êtes sans nul doute les êtres les plus fortunés de l'univers. Car le Seigneura choisi d'apparaître sur cette planète et de vivre au milieu de vous tel un homme ordinaire, en toutes circonstances. Lui qui, en tant que Seigneur Suprême, demeure caché aux yeux de tous, partage néanmoins votre vie de chaque jour; Il agit avec vous en cousin, en ami, ou même en simple messager. Qui donc en ce monde, est plus fortuné que vous?"SB {7.10.48/49}
"Méconnaissant Tes gloires, je T'ai, dans le passé, nommé ainsi: "ô Krsna", "ô Yadava", "ô mon ami"... que de fois T'ai-je manqué de respect. Mais Tu es si grand, je ne pouvais pas savoir."BG {11.41/42}
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